lundi 16 janvier 2017
Voeux pour 2017
Bonne année 2017 à tous. Que les mois qui viennent vous permettent de vivre en harmonie avec vos proches et avec la nature. Qu’ils nous permettent à tous d’enraciner nos convictions écologiques dans l’expérience vécue de notre solidarité profonde avec les éléments naturels et tous les êtres vivants.
lundi 19 décembre 2016
Ville à la campagne, campagne à la ville
![]() |
| Lotissement pavillonnaire |
La
mise en place du PLUi de Grand Lac pose le problème de l’étalement urbain et de
la préservation des surfaces cultivées. En France, entre 1960 et 2010, la
superficie agricole a baissé de 20%, soit 7 millions d’hectares. Les villes
mordent sur les campagnes et continuent de s’étaler plus rapidement que leur
population ne s’accroit, et ce rythme s’accélère. Jusqu’à ces dernières années,
l’équivalent de la superficie d’un département disparaissait tous les 10 ans, désormais
c’est un département tous les 7 ans qui disparait. Ce phénomène est critiquable
tant au point de vue écologique qu’au point de vue social. L’expansion du bâti
autour des villes qui, outre les immeubles d’habitation, nécessite de
nombreuses infrastructures comme les voiries, modifie le paysage en le
fragmentant, contribue à l’imperméabilisation des sols qui déséquilibre les
dispositifs régulateurs naturels des
intempéries, conduit à une intensification des déplacements automobiles, source
de pollution atmosphérique (ozone, particules fines). Elle fait augmenter le
prix du foncier, crée des conflits entre les activités agricoles et les modes
de vie urbains, entre les anciens et les nouveaux habitants. Par ailleurs,
l’espace périurbain est sans qualités propres (on parlera ainsi de communes
dortoirs). Pour lutter contre
l’aggravation de ce phénomène, plusieurs pistes sont envisageables. D’abord, une
limitation quantitative de l’étalement des agglomérations, par la création de
ceintures vertes, de trames vertes et bleues, par le renouvellement urbain (reconstruire la
ville sur la ville), la densification urbaine (préférer l’ascenseur à la
voiture), le maintien d’activités économiques et commerciales en centre-ville
qui peut s’accompagner d’un verdissement d’un cadre de vie devenant ainsi plus
convivial. Puis une amélioration de la qualité de l’espace péri-urbain, par la,
par un entremêlement volontaire et pensé
des types d’occupation et de fonction de l’espace pour satisfaire autant que
faire se peut les demandes (contradictoires) de proximité avec la nature et
d’accessibilité aux services, de qualité des environnements et de développement
des emplois, par la création d’espaces
publics de nature (aménagement d’espaces naturels jouant pour la périphérie le
rôle des places et des rues pour le centre) . Cette revalorisation de l’espace
péri-urbain, qui peut prendre la forme du village-jardin, se complète par la
mise en valeur des espaces agricoles et par le soutien à une agriculture
raisonnée de proximité, à même de nourrir le territoire sans le polluer. Il
faut réinventer la périurbanisation, non
pas seulement par des règles venues d’en haut, mais par la négociation
entre toutes les parties prenantes
| Jardin à la rue |
vendredi 18 novembre 2016
LE BILLET DE NOVEMBRE 2016
Linky : un compteur qui vous veut du bien ?
Les compteurs Linky ont été prévus par une directive
européenne de juillet 2009 dans le but de « favoriser la participation
active des consommateurs au marché de la fourniture d’électricité » et leur déploiement a été décidé dans la loi
sur la transition énergétique de juillet 2015. Pourtant ce déploiement ne fait
pas l’unanimité : plusieurs associations et certains élus s’y opposent,
estimant que ces compteurs ne sont pas réellement utiles pour les consommateurs
et peuvent même représenter un danger. Rappelons que ces compteurs permettront
en premier lieu (mais d’autres fonctionnalités sont prévues, notamment pour des
offres tarifaires adaptées) de relever les consommations à distance. L’avantage
pour le distributeur ENEDIS est de ne plus envoyer d’agents pour faire le relevé
et d’avoir en temps réel une vision de la consommation des ménages et des
entreprises, lui permettant de faire converger l’offre et la demande. Pour le
consommateur, le seul et minime avantage est d’éviter des factures de
rattrapage parfois douloureuses. ENEDIS fait valoir que le suivi de sa
consommation en direct incite à des économies, ce que les études ne confirment
pas sur une période de plusieurs mois. De plus, l’accès à ce service nécessite
d’adjoindre au compteur un afficheur déporté payant dans la plupart des cas.
Les factures d’électricité risquent donc d’être alourdies. Certes
l’installation est gratuite, mais son coût pourrait être répercuté via le tarif
d’acheminement de l’électricité. Inutiles, les compteurs Linky pourraient
également représenter un danger. En premier lieu, ils posent un problème de
santé publique : la technologie CPL (courant porteurs en ligne) qu’ils
utilisent émet des rayonnements, dont l’impact sanitaire fait polémique faute d’une étude indépendante,
difficile à obtenir (l’Agence Nationale de Sécurité de l’alimentation, de
l’environnement et du travail doit rendre un rapport à la fin de l’année) ;
il en va de même pour les ondes GPRS servant à la transmission des données, ce qui ajoute encore au brouillard d’ondes
déjà existant dans notre environnement. En second lieu, se pose le problème du
respect de la vie privée car les données personnelles ainsi recueillies peuvent
être, si l’on n’y prend pas garde, piratées, transmises ou vendues à des tiers.
Tout cela peut conduire à refuser l’installation de ces compteurs.
Juridiquement, ce n’est pas possible : les compteurs n’appartiennent pas
aux consommateurs mais aux collectivités locales qui se sont regroupées en
syndicats, le plus souvent départementaux, pour concéder à ENEDIS la
distribution publique de l’électricité. Or le contrat de concession garantit au
concessionnaire « le droit exclusif d’exploiter le réseau de distribution
de l’électricité et à cette fin d’établir les ouvrages nécessaires ».
S’opposer au changement des compteurs constituerait donc une faute
contractuelle, sauf si l’on peut établir, comme l’indique le principe de
précaution, tel qu’il est consacré à l’article 5 de la Charte de
l’environnement intégrée dans la Constitution, que l’installation de ces
compteurs pourrait être la source, "bien qu’incertaine en l’état
des connaissances scientifiques, d’un dommage affectant de manière grave et
irréversible l’environnement ».

mardi 25 octobre 2016
Sur les traces des coureurs des bois
En cet automne, prenons un peu de recul avec les impressions d'un voyage au Canada d'un fidèle adhérent d'ACCLAME. Ses réflexions, bien qu'anciennes, restent toujours d'actualité.
« Le bruit est le
tonnerre des hommes, mais le silence est le tonnerre de l’Eternel. »
Merveilleux silence
des forêts canadiennes ! Le bruit de l’hydravion s’estompe peu à peu. Il
vient de nous larguer, avec canoës et bagages, au cœur même de la
« wilderness » québécoise par excellence, la réserve faunique de la
Vérendrye, du nom de l’explorateur
contemporain de Louis XV. Un million d’hectares, plus de deux fois la
Savoie, 4 000 lacs, 6 000 rivières, petite portion de l’immense Québec au
million de lacs, grand comme presque trois fois et demie la France. Minuscule
tête d’épingle face à la démesure continentale canadienne (19 fois la France,
10 millions de lacs dont 100 000 ne portent toujours pas de nom). Terres
pionnières à l’aube du 21ème siècle ! Seul le cri mélancolique
du huart peuple maintenant les solitudes et se perd dans les profondeurs
insondables de la sylve originelle. Mais ce qui déroute le plus un Européen
qui, pour la première fois, découvre cet univers, c’est l’impénétrabilité
manifeste de la forêt. C’est en effet du ciel, à basse altitude, qu’on se
convainc rapidement qu’à part le canoë ou l’hydravion, nul déplacement n’est
possible. Amazonie du nord ! Devant, derrière, à droite, à gauche :
ni routes, ni habitations. Où commence le ciel ? Où finit cette mer
forestière dont les îles sont des lacs ? De temps à autre, le pilote nous
fait découvrir un orignal en train de
brouter les renoncules aquatiques, l’envol
brusque du grand héron bleu ou de l’aigle à tête blanche. « Mais comment est-ce que vous entretenez tout
ça ? » s’exclame bien involontairement l’un des passagers de
l’expédition, agent de l’ONF de son état. Éclat de rire du « bush
pilot » (pilote de brousse) qui, d’ahurissement, en lâche presque les
commandes du petit « twin-otter ». « Mais mon cher ami, la Nature qui n’a jamais mal fait les choses, s’entretient toute
seule ! »
En vérité, il a dû en
falloir de l’audace et de la résistance à des Cartier, Cavelier de la Salle,
Samuel de Champlain, Hernando de Soto et autres Davy Crockett pour affronter
ainsi l’inconnu ! Mais laissons parler Bernard Clavel dans son roman Harricana : « La piste qui
s’enfonce dans les immensités réunit tous les atouts pour ficeler un homme.
Elle va de l’avant à travers bois et prairies sans jamais s’encombrer d’autres
conventions que celles du voyage, sans se soucier d’autres lois que les
siennes. Splendide cavale fougueuse, souvent rétive, à qui l’on doit livrer
combat de l’aube à la nuit close, elle sait également se coucher, lascive,
devant ceux qui l’aiment avec toute la tendresse et toutes les grâces. Tour à
tour, fleuve, cascade, rapide, lac, toundra, forêt profonde ou marécage, elle
est la même depuis des millénaires. Des générations de trappeurs l’ont adulée,
jamais jaloux les uns des autres, tremblant seulement qu’on s’attaque à elle.
Faite de douceur au printemps, lorsqu’elle veut inviter les hommes à la
prendre, elle les assomme de chaleur et d’orages en été, leur coup le souffle
en allumant des automnes où flambe sa chevelure de lumière… »
Ah ! l’ivresse de partir dans les bois, avec beaucoup de rêve et un peu de
farine… Aventuriers des temps modernes, nous n’aurons fait « que »
175 km, traversé 22 lacs, franchi 9 barrages de castors, en particulier celui
où fut en partie tourné le film La
guerre du feu. Aux menus, produits lyophilisés sophistiqués certes,
mais aussi assiettées monumentales de bolets et de myrtilles (appelées
là-bas…des bleuets !), et bien souvent le produit de la pêche. Et quelles pêches !!! Messieurs les alevineurs en eaux
troubles hexagonales dénaturées, écoutez
bien ce qui va suivre : on trouve dans ces contrées bénies le raton
laveur, le chat pêcheur, le rat musqué, la loutre, le héron, le pygargue,
l’ours noir, animaux bien souvent piscivores, et des …brochets d’un mètre
cinquante ! Aucun alevinage !!!! La recette de ce miracle ? Elle
est simple. Ou plutôt à la fois simple et compliquée ! L’homme y est rare,
très rare. L’homme ! Cet hyper-
prédateur, prédateur des habitats, donc fauteur d’irréversible … Et hélas, s’il
a été loisible de garder vierges des surfaces considérables, des étendues
non moins gigantesques ont été saccagées. Ainsi l’Hydro-Québec, équivalent
américain de notre EDF, a noyé une surface grande comme la Suisse. Au désespoir
des peuples Cree et Inuit qui entretenaient depuis près de 65 000 ans des
rapports d’harmonie avec leur milieu (on
ne parle pas là-bas d’ « Indiens », terme considéré à juste titre comme
quelque peu insultant…) Shawinigan, Yamaska, Kipawa, Manachouane (« la
rivière aux eaux claires »), Natashkwan (« là où les ours viennent
boire »), Kebec (« là où le fleuve e rétrécit »), Ka-Na-Da
(« cabane de rondins »), Mikilimakinak … Trésors de la langue algonquine
dont la beauté sonore vous plonge dans l’extase ! Je crois bien que c’est
depuis la rive de porphyre du lac Dragon que l’un de nous piqua un jour un
monstre au bout de sa ligne. 1,20 mètre, 9 kilos, plus long que la pagaie du
canoë, et réussit à le ramener. « On
ne peut tuer ou ôter la vie sans remercier à chaque fois Kitché-Manito, le
Créateur, de ce don qu’il nous fait : tout ce que la nature nous offre est
sacré ! Garde en toi ce souvenir. Bien plus, sois reconnaissant, en ce
moment même, d’être encore en vie ! Et même lorsque tu cueilles la moindre
fleur, il faut la remercier de ce sacrifice… ! »
André Gide avait dit : « Celui qui n’a pas le courage de
quitter les rivages connus ne découvrira jamais de Nouveaux Mondes. » Compagnons
d’aventure maintenant répartis aux quatre vents et qu’aura réunis pendant trois
semaines un même amour de la nature sauvage, nous aurons franchi les portes
invisibles de la « wilderness » et cette richesse demeurera pour toujours en nous. Nous aurons bu
directement l’eau pure des lacs et
contemplé des aubes de « premier matin du monde ». Certaines
nuits peuplées d’étoiles, nous aurons
même écouté, retenant notre souffle, le chant mystique du loup qui s’élevait
dans le lointain ! Visions évanescentes de quelque gros cervidé qui
s’ébroue sur la rive d’en face, masse sombre indéfinissable qui disparaît parmi
les troncs de thuyas, cliquetis des longs piquants du porc-épic dans un buisson
de menthe sauvage…Mais aussi : trébucher sous les charges et sur le granit
raboteux du bouclier canadien, patauger jusqu’à mi-cuisse dans la boue des
sentiers de portage, être griffé par les branches des épinettes, subir
l’impitoyable assaut des nuées de moucherons, moustiques,
« maringouins », « brûlots » et autres simulies, sangsues,
tout en sachant que, de part et d’autre peut-être, le glouton, le lynx, le
baribal, vous regardent passer… s’attaquer
à la hache aux chablis obstructeurs. Et aussi : l’ambiance marine
des grands lacs sombres, avec des creux où le canoë danse comme un bouchon. Faire
partir coûte que coûte le feu, même sous la pluie battante ! Plier la
tente encore humide… « On ne peut tuer ou ôter la
vie ». Dans l’énorme Boeing 747 qui rugit à 33 000 pieds, d’ouest
en est, à la rencontre du soleil, consommant pendant son trajet autant
d’oxygène qu’en produit pendant le même temps la forêt d’Orléans, et nous
ramène vers ces Etats lamentablement désunis d’Europe en ce qui concerne la
protection de la nature, régions beaucoup trop « vieilles »,
mesquines, si peu généreuses et couvertes d’usines à bois leur tenant lieu de
forêt, je songe à ces choses…
André Girard-Dephanix Rivière de l’orignal, août 1987 Chambéry 15 juillet 1996
mardi 22 mars 2016
LE BILLET DE MARS 2016
| Dominique Bourg lors de son exposé |
Vivre à l’anthropocène.
C'était le thème de notre soirée du 17 mars dernier au cinéma Victoria d'Aix-les-Bains, choisi par notre invité, le philosophe Dominique Bourg, vice-président de la Fondation Nicolas-Hulot, que près de 200 personnes sont venues écouter avec intérêt.
Dans une intervention, claire et
très documentée scientifiquement, Dominique Bourg a établi la réalité de ce que
l’on appelle désormais l’anthropocène.
Ce terme est utilisé pour caractériser l’époque de l’histoire de la Terre qui a
débuté lorsque les activités humaines ont eu, sur l’écosystème terrestre, un
impact global significatif (et donc
enregistré dans les couches sédimentaires). Même si l’on ne peut pas déterminer
précisément ce début (la révolution néolithique avec l’invention de
l’agriculture et de l’élevage, la première révolution industrielle, les essais
nucléaires terrestres ?), toutes
les observations montrent un changement notable dans la composition :
-
de la
lithosphère (particulièrement des sols : concentration de métaux,
augmentation de la teneur en azote et phosphore, diminution des
microorganismes, à quoi on peut ajouter l’extraction des roches, des métaux, du
sable, des ressources fossiles comme le charbon, le pétrole, le gaz, ce qui
fait que l’homme déplace plus de matériaux à la surface de la Terre que les
seules forces naturelles),
-
de l’hydrosphère (acidification des océans,
pollution et/disparition des nappes aquifères, modification des cours
d’eau : l’homme déplace plus de sédiments que les rivières),
- de l’atmosphère (présence accrue de gaz à
effet de serre ou autres et de nouvelles particules)
Ce changement, dû sans conteste à l’activité
humaine, frappe par son ampleur et sa rapidité. Nos conditions naturelles de
vie dépendent d’un certain nombre de facteurs qui, depuis 10 000 ans,
variaient peu à l’intérieur de limites indispensables à leur maintien. Or pour
beaucoup de ces facteurs, ces limites
sont très largement dépassées, ce qui entraine un réchauffement climatique (nous venons de vivre l’hiver le
plus chaud jamais enregistré, ce qui confirme une tendance générale bien
établie), un rétrécissement de
l’écoumène (terres habitées et exploitées par les hommes), une chute de la biodiversité (les
naturalistes estiment qu’environ une espèce sur 50 000 s’éteint en un
siècle ; or nous constatons un emballement de ces extinctions qui
pourraient concerner 100 à 1000 espèces
par siècle en 2050 ; pour les seules espèces animales, le WWF a
dressé une liste de quelque 4000 espèces d’oiseaux, de poissons, de mammifères,
de reptiles et d ‘amphibiens ; elle montre que depuis 1970, les espèces
terrestres ont diminué de 25%, les espèces marines de 28% et les animaux vivant
en eau douce de 29%).
On peut sans doute atténuer la brutalité de
ces changements mais il faudra en tenir compte. Plusieurs scénarios sont
possibles :
-
Le
premier consiste à faire confiance au développement technicoscientifique, soit
pour réparer les dégâts constatés (avec la géo ingénierie, on pourrait par
exemple capter le CO2, refroidir l’atmosphère, etc... mais alors sans aucune
garantie d’efficacité : l’homme n’est pas face à un système qu’il pourrait
contrôler, il fait partie du système Terre et on ne peut prévoir comment le
système, étant donné sa complexité, va réagir à l’activité désordonnée de l’un
de ses éléments, si bien que le remède risque d’être pire que le mal), soit
pour faire advenir un nouveau type d’humain issu de la rencontre entre les
biotechnologies, les nanotechnologies, l’informatique et les sciences
cognitives (c’est l’objectif du transhumanisme qui promet de créer des êtres
aux capacités largement augmentées dans tous les domaines et quasiment
immortels, mais qui repose sur l’illusion de la toute-puissance de la technique
et qui est vecteur d’inégalités sociales de plus en plus grandes, alors qu’on
promeut par ailleurs le respect des droits humains, lesquels sont à comprendre
non pas comme la défense des intérêts privés des individus mais comme la
sauvegarde de la dignité de chacun).
-
La
seconde possibilité est de protéger de vastes espaces réservés à la vie sauvage et de concentrer la
population humaine dans des villes hyper technicisées (d’un côté la technique,
de l’autre la nature).
-
Le troisième scénario consiste à se débarrasser
de la mentalité consumériste, favorisée par le progrès technique, qui fait
croire que la vie de l’être humain peut être comblée par la possession et la
consommation de biens matériels, pour retrouver la dimension spirituelle de
l’existence, c’est-à-dire un idéal d’accomplissement de l’être humain, qu’il
soit religieux ou philosophique, qui donne un sens et une valeur à ce que l’on
fait (par exemple, pour Aristote, un être humain accompli est celui qui
privilégie la recherche rationnelle de la vérité, l’engagement dans la cité, la
dimension artistique). Dans cette perspective, on peut affronter sereinement
les difficultés de l’anthropocène, parce que l’on applique le principe de
précaution (on ne se focalise plus sur l’efficacité des moyens techniques,
mais sur leur véritable utilité et sur leurs conséquences pour les individus et
les sociétés), parce que l’on prône une
sobriété heureuse (avant de chercher à maîtriser la nature, il convient de
chercher à se maîtriser soi-même) et
parce que l’on n’attend pas la croissance comme le sauveur suprême. D’ailleurs
l’observation montre d’une part que les
jeunes générations sont réceptives à la dimension spirituelle de l’existence, et d’autre part que la croissance n’offre plus
ce qui la rendait désirable : le sentiment de bien-être, la création
d’emplois et la réduction des inégalités. Ce scénario est porté de plus en plus par de petits collectifs aux multiples
initiatives dans différents domaines, comme le montre le film Demain.
Dans l’échange qui a suivi,
plusieurs questions ont été abordées :
- la question de l’énergie, que l’on ne produit pas au sens strict du
terme, mais que l’on transforme, stocke ou transporte (il n’y a donc pas de
source d’énergie illimitée, même celle de fusion thermonucléaire ; une
croissance même modérée entraîne un épuisement très rapide des ressources, non
seulement de la Terre, mais de l’univers observable tout entier ;
l’estimation commune est de 5500 ans pour l’univers observable ; et même
si elle était possible, une énergie illimitée inciterait les hommes à
satisfaire sans compter tous leurs désirs, ce qui pose de redoutables problèmes
éthiques et politiques)
- la question de l’économie circulaire (le recyclage n’est efficace que
si la croissance est faible)
- la question de la démographie (il est vrai que la pression
démographique accentue les problèmes : s’il n’y avait que 400 millions
d’humains sur Terre, on ne parlerait pas d’anthropocène).
| Dominique Bourg entouré de membres d'Acclame |
lundi 8 février 2016
LE BILLET DE FÉVRIER 2016
Conférence de Dominique Bourg Vivre à l’anthropocène
17 mars 2016 cinéma Victoria Aix-les-Bains 18h30
ACCLAME se présente
comme une association de défense de l’environnement. Cette notion
d’environnement laisse penser à un entourage passif pour des êtres qui
tenteraient d’y survivre, une sorte de décor, ou encore un stock de ressources
dans lequel on pourrait puiser ce qui nous est nécessaire, mais qui nous
resterait extérieur. Cette conception de l’environnement peut être critiquée à
partir d’hypothèses comme celle de Gaïa, ou encore à partir de la notion
d’anthropocène, qui nous conduisent à
admettre un système d’interactions entre l’animé et l’inanimé, entre l’homme et
la nature (dont la représentation a d’ailleurs beaucoup évolué au cours des siècles). Quelle est alors
la place exacte de l’homme dans la Nature ? Quels rapports entretenir avec
elle ? Doit-il chercher à en devenir le maître ou le serviteur ?
Doit-il chercher à la protéger pour elle-même ou pour lui-même ? On pose
là le problème du sens et de la valeur du combat écologique : qu’est-ce
qui finalement est en jeu ? D’ailleurs, l’écologie doit-elle chercher à
préserver et respecter la nature ou chercher à la reconstruire et à la
réinventer (la restaurer par l’innovation technique par exemple)?
Mais dans notre pratique quotidienne nous constatons que le
combat écologique n’est pas toujours prioritaire, quand il n’est pas dénigré.
Comment se fait-il que les hommes, même s’ils prennent conscience d’une menace,
n’y croient pas vraiment ? Dans ce domaine, la peur (par exemple devant un changement radical de
mode de vie) peut-elle être une bonne conseillère ? Que faire pour changer les
comportements ? A quel niveau convient-il d’agir : politique,
économique, spirituel ? International, national, associatif ? Comment
faire des choix alors que l’on se trouve dans l’incertitude ? Le principe
de précaution suffit-il ? Que penser de la COP21 ?
Dominique Bourg
professeur à l'Université de Lausanne, vice-président de la Fondation Nicolas-Hulot, membre du comité de rédaction de la
revue Esprit.
Ses recherches, au
carrefour de la philosophie et de l’écologie, portent sur le développement durable et la décroissance, le principe
de précaution, l'économie de fonctionnalité et ce que pourrait être une démocratie
écologique
Du
risque à la menace. Penser la catastrophe, co-direction avec P.B. Joly et A. Kaufmann, Paris,
Puf, 2013.
La
pensée écologique. Une Anthologie, avec Augustin Fragnière, Puf, 2014.
Dictionnaire
de la pensée écologique, avec
Alain Papaux, Puf, septembre 2015.
Les Saisons
20000 ans de notre histoire commune avec les animaux
20000 ans de notre histoire commune avec les animaux
Des moments de grâce absolue
Des images uniques, poétiques, apaisantes
Un cri d’alerte pour repense notre rapport à la nature
lundi 18 janvier 2016
LE BILLET DE JANVIER 2016
En ce début d’année, nous avons une pensée pour Jean-Marie Pelt qui vient de nous quitter. Il parrainait notre association depuis de longues années et nous avait fait l’amitié, pour le 10ème anniversaire d’Acclame, de donner une conférence sur un thème qui lui était cher : Nature et spiritualité. Homme de foi, scientifique rigoureux, ouvert et bienveillant, il aura marqué le mouvement écologique dans notre pays. Nous pensons aussi à Claude Lorius qui est venu, au mois de novembre, commenter le film qui lui est consacré La glace et le ciel, et qui, à l’occasion de la COP21, a été décoré par le Président de la République. Tous deux, Jean-Marie et Claude, nous invitent à poursuivre notre engagement pour un monde respectueux des grands équilibres naturels. Nous faisons partie de la nature et il nous faut retrouver cette communion avec les éléments qui la composent et les êtres vivants qui l’habitent. Pour approfondir notre réflexion et motiver notre combat, nous avons invité Dominique Bourg à nous faire part de ses analyses et convictions sur le sujet de l’écologie. Dominique Bourg est philosophe, professeur à l’Université de Lausanne et vice-président de la Fondation Nicolas Hulot. Nous aurons le plaisir de l’accueillir à Aix-les-Bains le jeudi 17 mars pour une conférence au cinéma Victoria. Nous vous donnerons bientôt toutes les précisions nécessaires mais voilà d’ores et déjà une date à retenir et à communiquer autour de vous.
Nous vous souhaitons, à vous et à vos proches, une bonne et heureuse année 2016. Qu’elle nous donne à tous de vivre, dans ce monde en crise, avec simplicité, curiosité, gratitude et créativité
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